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Kathog Rigzin Péma Wangchen Rinpoché est un important Tulkou du monastère de Moura, sa région d'origine au Tibet oriental.
Moura se trouve dans la région Golog. D'un point de vue administratif, il s'agit du district de Machou de la province du Gansou, préfecture de Gannan. Il s'agit d'un paysage montagneux d'une altitude dépassant 3000 mètres, traversé par le Fleuve Jaune nommé "Machou", en tibétain. Les étés connaissent une température moyenne de 20° alors que les hivers sont glaciaux, le thermomètre descendant allègrement en dessous de - 20°. La population locale vit essentiellement de l'élevage.
La chaîne montagneuse où est niché le monastère de Moura, est constellée de grottes formant un réseau souterrain qui recèle des sources d'eau minérale. Ces cavités ont été utilisées à travers les siècles par de nombreux yogis.
La région compte différents lieux sacrés, parmi lesquels celui de Karpö Chöloung, dédié à Avalokiteshvara (Chenrézig, en tibétain). De grands maîtres y méditèrent, tels que Jamyang Shépa (1648-1721), fondateur du grand monastère Gélougpa de Labrang Tashikyil, ou Jigmé Thrinlé özer, le premier Dodroubchen (1745-1821).
L'une des montagnes environnantes fut visitée par Gourou Rinpoché et Yeshé Tsogyel , qui y laissa une empreinte de pied. Une autre, riche en minéraux et en cristaux, est connue comme étant le site sacré des huit Dzambalas ou déités de richesse. Au pied de cette montagne coule une eau capable de guérir les affections rénales ou des maladies de la peau.
Un monastère à vocation oecuménique:
Le monastère de Moura relève essentiellement de l'école ancienne du Bouddhisme tibétain (nyingmapa), mais il la combine avec des éléments issus d'autres écoles, dans une vue résolument non-sectaire.
Ainsi, l'essentiel des pratiques tantriques et des poujas annuelles suivent la tradition nyingmapa, les sadhanas et rituels des protecteurs appartenant spécifiquement à la lignée de Kathog. Cependant, 60% des prières et rituels quotidiens viennent de l'école gélougpa et 20%, d'autres traditions encore. Ajoutons également que la vue philosophique y est également influencée par celle des Jonangpas.
Cette position non-sectaire a été officiellement adoptée par le monastère en 1885 , à la suite d'une décision prise par un collège de maîtres issus de différentes écoles :
Doukgué Rinpoché et Joungkar Rinpoché, appartenant à l'école Gélougpa
Jinpa Rinpoché et Jigmé Targyé Rinpoché, de la lignée du monastère de Dzogchen (Nyingma)
Kathog Rigzin Chenpo et Moura Ngakguen Rinpoché, de la lignée du monastère de Kathog (Nyingma)
Tsatrul Rinpoché et Lougden Rinpoché, de l'école Jonangpa.
500 ans d'histoire:
Les détails de l'origine du monastère de Moura n'ont pas traversé le temps, mais l'histoire de celui-ci remonte à environ 500 ans. Elle a pu être retracée en tous cas jusqu'en 1417 , avec l'histoire singulière de Moura Guéguen , un maître archer réputé pour sa bravoure et ses qualités guerrières. Après avoir tué les trois hommes qui avaient volé le cheval d'un ami, il rêva d'une femme vêtue de blanc qui lui dit « bien que tu aies un bon karma, ton karma négatif est encore plus important et si tu ne te repens pas, tu es promis à l'enfer ! »
Bouleversé par ce songe, il rencontra un maître jonangpa, Moura Kunga Petsang Lama , qui l'envoya chez Dudul Dorjé Rinpoché . Ayant reçu ses enseignements, il renonça au monde et s'établit dans la solitude d'une grotte située au coeur de la vallée de Moura. Il y pratiqua avec une grande détermination, s'abreuvant de l'eau du fleuve jaune et se nourrissant essentiellement de feuilles et d'écorces d'arbres. Il convertit deux chasseurs qui passaient par là et qui s'avéraient être de sa famille. Ces derniers s'installèrent avec lui et devinrent également de vrais yogis. Petit à petit, des pratiquants s'assemblèrent autour d'eux, pour constituer un centre de retraite. Les grottes étant en nombre insuffisant pour accueillir les quelques 200 ermites du lieu, ils vivaient sous tente.
En 1729, Shichen Kyabgön Sönam Pelden Rinpoché du monastère de Shichen, premier de la lignée d'incarnations des Öntrul, vint propager la lignée de Kathog, renforçant ainsi le lien avec cette tradition Nyingma, laquelle y était déjà pratiquée. La lettre écrite par Moktrul Chöying Dorjé (Moktsa Rinpoché), que ce Maître présenta à Moura, y est encore conservée de nos jours.
C'est à cette époque qu'un stoupa des huit grands Mandalas du Droubpa Kagyé fut érigé, ainsi qu'un petit temple. Le programme annuel suivait celui de Shichen, avec notamment les 7 jours dévolus à la pratique d'Avalokiteshvara, de Gourou Rinpoché et de Vajrakilaya.
En 1885 , Doukgué Rithröpa (1853- ?), Maître gélougpa, construisit un centre de retraite sur l'une des montagnes bordant le fleuve jaune. Aussi, le campement religieux de tentes de Moura se déplaça vers ce nouveau lieu. Des cellules furent alors bâties, autour d'un temple abritant une statue d'Avalokiteshvara. De nouvelles règles furent édictées : en premier lieu les ermites s'engageaient à pratiquer à vie le Nyoungné (alternance de jeûnes associés à la pratique d'Avalokiteshvara) et ils ne pouvaient parler qu'au moment du repas. Le centre maintenait un régime strictement végétarien, où tout alcool était également prohibé.
Avec la présence de Doukgué Rinpoché , le nombre de k henpos, de t ulkous, de Lamas et de yogis alla en s'accroissant. Comme de nombreux disciples ne pouvaient pas suivre un engagement à vie dans le Nyoungné, le site fut divisé en deux parties, l'une pour le centre de retraite et l'autre pour l'institut d'études.
À cette époque, de nombreux pratiquants des différentes écoles bouddhistes venaient s'y rassembler.
Au XXe siècle, après l'arrivée des Chinois, le monastère connut une période noire lors de la Révolution Culturelle : toutes les statues furent emportées et tous les bâtiments démolis.
En 1983 , le gouvernement chinois autorisa la reconstruction du monastère. Sous l'égide de Goungthang Rinpoché (l'un des quatre détenteurs du trône d'or de Labrang Tashikyil) et du Panchen Lama , le monastère fut rebâti sur un terrain plus plat, avec une salle d'assemblée pouvant accueillir jusqu'à 1000 moines.
Une quarantaine de Lamas âgés prirent la responsabilité de reconstituer la bibliothèque, avec ses textes fondamentaux et les sadhanas, tout en enseignant aux jeunes générations de Lamas les façons traditionnelles de chanter et de réciter les textes sacrés, de fabriquer les tormas et les mandalas de sable...Aujourd'hui, Moura Gönpa compte six temples, dont ceux dédiés à Avalokiteshvara, Gourou Rinpoché et Sangyé Menla. Un ancien temple abrite les reliques de Khamtsang Tertön , maître-racine de Kathog Rigzin Péma Wangchen Rinpoché.
Tous les stoupas ont été reconstruits. Environ 60 gros moulins à prière et plusieurs de moindre taille entourent le monastère. Initialement, le gouvernement central avait autorisé la présence de 130 religieux mais la réputation de ce lieu fait que le nombre des pratiquants y est sans cesse croissant.
Grâce à de généreux bienfaiteurs, sur la montagne qui borde le monastère, Kathog Rigzin Péma Wangchen Rinpoché a fait reconstruire tout récemment un centre de retraite.

Centre de retraite |