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Comme cela apparaît dans la collection des écrits de Dragkar Rimpoché et en accord avec l'histoire officielle, il y eut trois émanations du deuxième Kathog Rigzin, respectivement du Corps, du Verbe et de l'Esprit.
Dans le troisième volume des oeuvres complètes de Rigzin Chenpo Tséwang Norbou, il était dit qu'il y aurait, dans l'avenir, cinq, vingt-cinq et cent-huit émanations pour discipliner les êtres de ces temps dégénérés.
L'une des trois émanations, Rigzin Tenpai Wangchoug, identifiée par Nénang Rimpoché, a été confondue par certains avec Nénang Tenpai Wangchoug, du fait que leur nom est similaire. Mais il s'agit d'une erreur.
Les deux autres, Rigzin Péma Kunzang et Rigzin Lékyi Dorjé, furent reconnues par le sublime Kunzig Shamarpa comme les manifestations respectives du Corps et de l'Esprit de Rigzin Chenpo Tséwang Norbou.
Rigzin Lékyi Dorjé naquit dans le Golog, au Tibet oriental.
À l'âge de quinze ans, il rencontra le Grand d'Oddiyana, Padmasambhava. Cette vision lui révéla l'abîme de l'Esprit réalisé. Dès lors, il assimila tous les matières sans les avoir apprises et les trois gardiens de la Doctrine que sont Ekazati, Za Rahoula et Dorjé Legpa, devinrent ses amis, le suivant comme son ombre.
Conformément aux prophéties, il quitta sa région natale pour se rendre au Tibet central.
Alors qu'il rejoignait Kyirong, dans le Mangyul, le sublime Kunzig Shamarpa fit un rêve dans lequel il vit Rigzin Tséwang Norbou s'approcher et lui donner un kila (dague rituelle) de métal céleste en lui disant : « Je viendrai demain ; en attendant, prends-en soin ».
Le lendemain, alors que le soleil se levait, Rigzin Lékyi Dorjé se présenta à l'omniscient Shamarpa et sollicita l'initiation de Vajrakila (ou Vajrakoumara). Non seulement les bonnes circonstances furent ainsi réunies mais on raconte encore qu'au moment de la venue des déités de sagesse, une douce fragrance d'encens médicinal s'échappa du mandala et un filet de lumière quinticolore vint se fondre dans le coeur de Rigzin Lékyi Dorjé.
Il eut alors ces mots :
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Emaho ! Un avec le seigneur Karmapa, Dusoum Khyenpa,
Vous apparaissez pourtant sous un aspect différent de lui.
Glorieux refuge des êtres, empli de compassion,
À vous, protecteur Shamarpa, je rends hommage.
La suprême déité, le grand Vajrakoumara,
Avec son corps majestueux, exprimant les neuf modes de la danse,
Vous en êtes indissociable, Seigneur Shamarpa,
Et aujourd'hui, j'ai eu la chance de rencontrer votre visage !
Moi, Lékyi Dorjé le vagabond,
Dans ma vie précédente, [j'étais] l'éminent Tséwang Norbou.
Conformément à la prophétie du Grand et glorieux [maître] d'Oddiyana,
J'ai été accepté par le maître et ses deux disciples.
Les instructions spirituelles de maturation et de libération du Mahamoudra et du Dzogchen,
La syntaxe, la médecine, l'astrologie, les incantations et la destinée, etc.,
Muni de la foi et de la diligence, je les ai étudiées avec succès.
Je suis ainsi renommé pour être un érudit et accompli.
Maintenant encore, par la force de mes souhaits ardents,
J'ai rencontré le bon visage du protecteur, le grand omniscient.
La grâce de son esprit a pénétré mon coeur.
Ô seigneur Shamarpa, grande est votre bonté !
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À ces mots, tous furent émerveillés. Toutefois, le sublime omniscient s'exprima à son tour : « Jadis, Rigzin Tséwang Norbou avait prophétisé qu'il y aurait trois émanations de lui-même, correspondant aux Corps, Verbe et Esprit. Mais, afin de faire naître la confiance chez les gens à l'esprit mal dégrossi, il faudrait répondre à certaines questions. »
À quelques interrogations portant sur des points difficiles de l'ouvrage d'astrologie intitulé « Rigzin Droubpai Tsi », il répondit sans hésitation et ajouta : « A ce propos, les réponses sont clairement formulées dans un dialogue écrit que mon incarnation précédente avait confié au maître des rituels, Tenzin Dorjé. Il l'avait rangé dans son livre de prières. Si maintenant le sublime omniscient le récupère, il pourra s'y reporter ». Kunzig Shamarpa retrouva le livre et constata la présence, à l'intérieur, de l'exemplaire du dialogue. Tous les témoins furent convaincus. Le sublime omniscient décida alors que ce qui venait d'être accompli par Lékyi Dorjé prouvait bien qu'il était l'émanation de l'Esprit du grand vidyadhara, Rigzin Chenpo. Lorsqu'il lui proposa de l'introniser, Rigzin Lékyi Dorjé répliqua : « Je suis venu dans ce pays en tant que yogi du non-agir, sans demeure établie. Je remercie le sublime omniscient de m'avoir octroyé les enseignements avec tant de sollicitude. Mais je ne recherche pas d'intronisation ni aucune autre coutume de ce genre. »
Après cette requête appuyée, tous décidèrent de se conformer à son souhait.
Ensuite, lorsqu'il découvrit au Kongpo, dans le Sud, le terma du "Maître paisible et courroucé" (Gourou Shidrag), de nombreux disciples l'exhortèrent à raconter sa vie.
Il eut alors ces mots :
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Namo Gourou Padmakara yé.
Le Bouddha Padmasambhava,
La déité tutélaire Vajrakoumara
Et la dakini Arya Taré,
Sont tous présents en vous, ô mon Lama racine,
Et moi, le vagabond, je vous adresse cette prière.
Depuis la dimension absolue, considérez-moi avec compassion
Et octroyez le grand pouvoir de votre grâce
Pour libérer les êtres qui me sont liés !
O rayonnant protecteur, à la pensée sublime,
Maître Shamar, par votre compassion,
Causes et circonstances se sont rencontrées
Pour ouvrir la porte des profonds termas.
Le vagabond [venu] du bas Dokham
A traversé des épreuves mais ses souhaits
Se sont tous accomplis. Dès lors,
Qu'il meure aujourd'hui, il n'aura aucun regret.
Si l'on interroge ce mendiant sur sa vie,
Elle est semblable à l'écho se répercutant de rochers en rochers.
Bien qu'il ne s'agisse pas de la destinée d'un saint,
Je vais offrir une brève réponse aux questions :
Le pays natal du vagabond que je suis
Est le lieu sacré de Dragchen, au Tibet oriental.
Proche de [la montagne de] Machen Pomra,
C'est une terre riche et fertile.
Mon père appartient au lignage familial
Des valeureux Achagdrou.
Dès ma tendre enfance,
J'ai été attiré par la sublime Doctrine.
Mes parents m'ont imposé
De rester à la maison.
Mais, à l'âge de quinze ans,
J'ai rencontré le Grand d'Oddiyana.
Alors, j'ai quitté le pays.
Sans demeure, je me suis établi dans un ermitage
Et, à travers une sévère ascèse,
J'ai pratiqué le profond Dharma.
À l'âge de vingt-et-un ans,
Le passé m'est quelque peu revenu en mémoire.
En rencontrant le seigneur Shamarpa,
J'ai reçu, par grâce, la transmission de l'Esprit réalisé.
Aujourd'hui, la porte des profonds termas
S'est ouverte sans difficulté.
Renversant le cours du temps,
Voilà que s'épanouit l'activité de Padma[sambhava].
Dans le futur, les êtres à moi liés
Seront guidés vers le champ pur des vidyadharas
Et, me manifestant pour discipliner ceux qui doivent l'être,
Je ferai le bien des êtres sans interruption.
Bref, en toutes circonstances,
Pour le bien des êtres et de la Doctrine,
J'assume, sans découragement,
L'oeuvre excellente de l'Esprit d'Eveil !
A la la ho !
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L'histoire raconte qu'il apaisa miraculeusement les différends entre le gouvernement tibétain et le représentant chinois ; il reçut ainsi le titre de « Maître suprême du bien-être et de la prospérité » ou "Gongma Thoungtré Phendé Dagpo".
Cette histoire abrégée a été écrite d'après la biographie intitulée « Namthar Dépai Röltso », les écrits du Karmapa et du Shamarpa, ceux de Rékong Ngagpa Dorjé Namgyel, les chants spirituels de Thrulshig Wangdrag Gyatso (17e s.), et ce qu'en rapporte la tradition populaire. |